Alors qu’elle avait tout pour gagner le match, la Serbie a finalement concédé le nul face au Cameroun (3-3), qui sonne comme une défaite.

Un scénario Made in Serbia

Quelle déception ! C’est le premier sentiment qui nous vient à l’esprit après cette déroute. Car oui, la Serbie devait remporter ce match, surtout qu’elle menait 3-1 en début de seconde période. L’ouverture du score camerounaise a eu le mérite de mettre un coup de pied au derrière à une équipe qui, malgré un poteau et une autre occasion en or de Mitrovic, était trop timide. L’aigle est parti à la chasse et a récolté deux buts bourrés d’envie dans le temps additionnel de la première période. Pavlovic, d’une tête puissante et SMS, d’une frappe hors de la surface après une récupération haute pleine d’intensité, nous ont permis de rêver. La magnifique action collective conclue par Mitrovic à la 53e nous a bien fait croire que le match était plié, car le Cameroun semblait sans oxygène. Mais voilà, à peine dix minutes plus tard, ces derniers par Vincent Aboubakar, réduisent le score suite à un alignement catastrophique de la défense. Une action magnifiquement conclue d’une louche par le joueur d’AL Nasr. Et trois minutes après, ce même Aboubakar est de nouveau trouvé dans la profondeur et n’a plus qu’à passer à Choupo-Moting, qui conclut dans le but vide. Les défenseurs sont une nouvelle fois largués, à croire qu’ils n’ont jamais joué ensemble. C’est sur ce score de folie que la rencontre s’achève. Sans doute un des plus beaux matchs de la Coupe du monde, mais pas pour les Serbes.

Des choix tactiques douteux

Personne n’est parfait, pas même Dragan Stojkovic même s’il est immense et ô combien important. Mais aujourd’hui, il est l’un des principaux fautifs de cette déroute. Si en première période, il n’y avait rien de particulier à signaler, tout se corse à la sortie de Strahinja Pavlovic à la 56e minute, qu’il remplace par Stefan Mitrovic. Or, ce changement poste pour poste met le joueur de Getafe sur le flanc gauche, côté qu’il ne maîtrise pas vraiment dans une défense à trois. Il l’a d’ailleurs affirmé en interview après le match : « Je suis plus à l’aise au centre, mais à ce niveau il faut être prêt à répondre à tous les postes. J’ai aussi joué à gauche dans ma carrière« . Et quelques instants après, les adversaires du jour marquent par deux fois et égalisent. Si Mitrovic n’est pas directement responsable sur ces deux errances, au contraire de Milenkovic qui couvre les deux hors-jeux, il aurait été plus logique de faire entrer Srdjan Babic, plus familier sur ce côté. Chose faite lorsque Milos Veljkovic a laissé sa place à cause d’une blessure, mais bien plus tard dans le match. La défense serbe aurait été sans doute plus stable si le joueur d’Almeria avait remplacé Pavlovic, mais aussi plus mobile.

Autre choix qui fait parler, c’est la présence d’Aleksandar Mitrovic pendant 90 minutes sur la pelouse. S’il a connu un match mitigé, loupant des occasions « faciles », jouant mal des coups, mais avec tout de même un but au compteur, il semblait cuit physiquement à partir de l’heure de jeu. De plus, faire entrer Dusan Vlahovic ou même Luka Jovic aurait été logique pour garder la possession du ballon et gagner de la vitesse sur les phases offensives, comme les transitions. Mais rien de tout cela. Piksi justifie cela pour deux raisons. Vlahovic n’était pas à 100% et il aurait été dangereux de faire entrer Jovic, alors que deux défenseurs étaient sortis sur blessure, ce qui n’était donc pas prévu. Cela peut s’entendre, mais ne pas faire entrer un des ces joueurs quand tu as presque l’obligation et largement les capacités de gagner, c’est dommage. Surtout quand on connaît les prises de risques de Piksi, malheureusement bien trop frileux dans ce mondial.

Au final, la Serbie a dû compter sur le Brésil pour avoir de réelles chances de se qualifier pour le tour suivant. Est-ce que cela est, sans connaître le score de cette rencontre contre la Suisse à l’avance, vraiment raisonnable ? Plutôt que de tenter le tout pour le tout en jouant tout ce qui est possible sur l’attaque pour gagner, avec le risque de perdre le match sur une perte de balle ? À vous de vous faire un avis.

Une défense à la rue, un jeu offensif trop relâché

Sur le premier but camerounais, personne ne suit Castelletto qui se retrouve seul au second poteau. Et que dire des deux suivants. Piège hors-jeu complétement gâché par Nikola Milenkovic, qui permet aux fusées camerounaises d’aller vers les buts de VMS qui ne peut pas faire grand chose. De plus sur ces deux réalisations, personne n’arrive à défendre sur Aboubakar et Choupo-Moting. Une défense qui nous rappelle que malgré les progrès affichés précédemment, elle reste le plus gros handicap de cette équipe. Et en Coupe du monde, contre n’importe quel adversaire, cela peut vous coûter une victoire, comme hier. Il faut que nos défenseurs restent concentrés TOUT LE MATCH, car le Cameroun a eu d’autres occasions et aurait pu alourdir la marque. Ajoutez à cela les blessures de Pavlovic et Veljkovic, incertains pour le match contre la Suisse, ce dernier risque d’être très long.

À l’inverse, l’équipe s’est libérée offensivement, avec trois buts inscrits. Elle aurait même pu en inscrire plus, mais n’a pas pu concrétiser d’autres actions. Si Mitrovic aurait dû la mettre au fond à la seizième minute, alors qu’il était face aux buts, ce n’est pas aussi rageant que ce que lui et ses coéquipiers ont fait sur d’autres actions. On pense notamment à ce contre, après le but de SMS, où Mitrovic, plutôt que de décaler Kostic sur la gauche qui était littéralement seul, préfère tenter une frappe en dehors de la surface qui sera contrée. Et cet exemple n’est pas le seul, à 2-1 et 3-1, les joueurs sont tombés dans la facilité, cherchant souvent l’exploit individuel plutôt que la meilleure solution. Tout l’inverse du troisième but, où SMS a décalé Zivkovic alors qu’il aurait pu tenter une grosse frappe, puis où ce dernier a passé à Mitrovic alors qu’il pouvait chercher à tirer lui aussi. Dans une compétition comme la Coupe du monde, il ne faut jamais tomber dans la facilité et jouer tous les coups à fond, à l’image de l’Espagne contre le Costa Rica. C’est la même chose pour les combinaisons, qui sont parfois forcées et inutiles quand d’autres solutions plus simples s’offraient aux joueurs. Espérons qu’ils aient retenu la leçon.

Il y a bien sûr des bons points, mais aujourd’hui certaines erreurs et choix nous coûtent une victoire qui nous aurait fait beaucoup de bien.

Crédits photo de présentation : Getty Images

Laisser un commentaire