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  • DE SON PROPRE AVEU, SA CARRIERE A ÉTÉ SAUVÉE PAR ROBERTO DE ZERBI. AVANT DE RENCONTRER LE TECHNICIEN ITALIEN, FILIP DJURICIC A VECU UNE CARRIÈRE À LA TRAJECTOIRE SINUEUSE. À TEL POINT QU’ON SE DEMANDAIT SI CE TALENT DU FOOTBALL SERBE, N’ALLAIT PAS REJOINDRE LA LONGUE LISTE DES ESPOIRS DÉCHUS.

L’histoire de Filip Djuricic est celle d’un jeune talent qui a quitté tôt son pays. Formé à l’Etoile Rouge, il arrive à l’Olympiakos en 2007 alors qu’il n’a que 15 ans. Son séjour en Grèce tourne court, puisqu’en 2008, il revient aux bases et signe avec l’équipe de sa ville natale : le Radnicki Obrenovac. Le décor est champêtre, le club de la banlieue belgradoise étant un habitué des divisions inférieures. Après trois années à ronger son frein, le milieu offensif est repéré par Heerenveen, et s’envole pour les Pays-Bas en 2010.

Le « Cruyff des Balkans »

Malgré son jeune âge, Djuricic s’est rapidement imposé au Pays-Bas, et a ébloui l’Eredivise de son talent. « Djuricic était l’un des milieux les plus précoces et les plus talentueux [ndlr : du championnat], même si il est moins resté dans les mémoires que d’autres. Il a fait trois saisons pleines », analyse @RealBosDast.

Lors de ces trois saisons, il marque 26 buts et délivre 28 passes décisives. Des performances qui surprennent son entraîneur de l’époque, Marco Van Basten, qui se permet de le comparer à la légende locale : Johan Cruyff. Un parallèle très osé, qu’on a demandé à Christophe Kuchly, journaliste pour l’AFP et Eurosport, d’éclaircir : « La comparaison se fait peut-être sur la polyvalence et l’intelligence tactique. Cruyff avait évidemment beaucoup plus de qualités avec le ballon, mais Djuricic réussit à se rendre indispensable sans avoir un geste fort, et c’est son occupation des bonnes zones, et sa disponibilité, qui lui permettent de s’adapter sans que l’équipe ne change sa façon de jouer ».

Après son passage réussi en terres bataves, Djuricic s’envole en 2013 pour le Benfica. Le SLB débourse 8 millions d’euros pour étoffer une colonie serbe composée de Ljubomir Fejsa, Miralem Sulejmani, Lazar Markovic et Nemanja Matic.

Pourtant, le milieu offensif va vivre un passage davantage compliqué que ses compatriotes. Si le directeur sportif de l’époque, Rui Costa, le voulait à tout prix, on ne peut pas en dire autant de l’entraîneur, Jorge Jesus. Ce dernier fait comprendre au milieu offensif qu’il n’a pas besoin de lui, et qu’il joue sans numéro 10. Tantôt second attaquant dans un 4-4-2, tantôt ailier gauche dans un 4-3-3, le natif d’Obrenovac peine à trouver sa place, et perd son football. « Jesus est un excellent entraîneur. Seulement, j’ai connu une mauvaise expérience avec lui. Cette relation avec moi… je ne dirais pas que c’était du harcèlement, mais le niveau était bas », confesse-t-il à une Mozzart Sport en janvier 2020.

En échec au Portugal, Filip Djuricic va voyager et effectuer un petit tour d’Europe. Prêté tour à tour à Mayence, Southampton, Anderlecht puis la Sampdoria, ses performances sont plus insipides les unes que les autres. Finalement recruté gratuitement par la Samp, Djuricic passe plus de temps sur le banc que sur la pelouse.

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Le début d’une seconde carrière

En janvier 2018, la Sampdoria décide de prêter Djuricic à Benevento. Au premier abord, jouer dans ce petit club de Campanie n’a rien de glorieux. Dernier de Serie A à mi-saison, quasiment condamné à faire l’ascenseur, Benevento recrute 10 joueurs lors du mercato hivernal pour sauver sa peau. Dans cette galère, la raison du renouveau du Serbe porte un nom : Roberto de Zerbi.

Âgé de 38 ans à l’époque, cet esthète du football prône un jeu au sol fait de passes courtes. Un style qui fait la part belle aux joueurs techniques, et qui convient évidemment à Djuricic. Lorsque De Zerbi quitte Benevento pour Sassuolo en juillet 2018, il emmène le meneur de jeu dans ses valises, pour son plus grand plaisir. « Je n’ai jamais vraiment eu de continuité, j’avais besoin de temps et de confiance. Je remercie De Zerbi, je ne sais pas ce qui se serait passé si je ne l’avais pas rencontré », a-t-il affirmé à la Gazzetta Dello Sport.

Filip Djuricic joue le plus souvent en tant que meneur de jeu en soutien de l’attaquant. Il peut évoluer sur le côté gauche et plus rarement en pointe, en l’absence de ses partenaires Jérémie Boga et Francesco Caputo. Dans le 4-2-3-1 de Sassuolo, il est chargé de réaliser la dernière ou avant-dernière passe avant une frappe. « Il est surtout là pour faire le dernier geste et équilibrer l’ensemble en attaque. La création offensive passe par les deux milieux axiaux qui touchent beaucoup le ballon et sont toujours disponibles, tandis que les ailiers rentrent vers l’intérieur et percutent avec le ballon. Djuricic a un rôle à mi-chemin entre Müller et Van de Beek, un 10 un peu fuyant qui touche très peu de ballons mais crée plus d’occasions que ses partenaires ». analyse Christophe Kuchly.

En 70 matchs avec les « Neroverdi », le natif d’Obrenovac a inscrit 11 buts et délivré 8 passes décisives. « Il est un peu le ‘Monsieur Plus’ offensivement. La base serait la même avec un autre joueur, mais en une passe ou déviation il peut débloquer une situation et il fait son job sans surjouer alors que d’autres pourraient garder le ballon et essayer de faire les différences. C’est ce qui en fait aussi un bon faux 9 qui embarque la défense, d’autant qu’il est plutôt adroit à la finition » , précise Christophe Kuchly.

Ces performances lui ont permis de retrouver les « Orlovi ». Avant sa convocation en novembre 2019, il n’avait plus été sélectionné depuis trois ans. Dans une sélection en crise, le joueur de 28 ans a une place à prendre pour, pourquoi pas, voir sa carrière prendre une nouvelle dimension.

By Bojan Stanojevic

Fou du Partizan, dans tous les sens du terme. Redevenu amoureux des aigles blancs grâce à Aleksandar Mitrović.

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