Deuxième épisode De notre série spéciale consacrée aux « Étoiles de l’Étoile Rouge ». Une distinction honorifique donnée à seulement 5 joueurs et une génération, qui ont eu un impact majeur dans l’histoire du club. Nous vous présentons Dragoslav Sekularac, surnommé « Seki », connu principalement pour sa technique et ses dribbles.

« Šeki » nait le 8 novembre 1937 à Štip (NDLR : actuelle Macédoine). Son père, serbe, est avocat. Son le travail l’a amené à Štip, où il s’est marié avec une Macédonienne. Dragoslav quitte sa ville natale pour Belgrade avec ses parents dès l’âge de six mois.

Son père avait trouvé un emploi au ministère de l’agriculture. Il commence à jouer au football rapidement. Il répète souvent qu’il ne se souvient pas d’une époque où il ne tapait pas dans un ballon. A l’âge de 13 ans, il fait un test à l’Étoile Rouge, mais est refusé en raison de sa petite taille. Dimitrije Milojevic, ancien joueur du BASK devenu entraîneur, l’accueille alors et le forme. Son père était opposé à ce qu’il ne fasse que du football, car il préférait le voir étudier.

Ceci était une source de motivation pour Dragoslav, qui voulait montrer à son père qu’il était fait pour le football. Il a cependant effectué des études de météorologie à Belgrade. Son père avait une éducation dure, n’hésitant pas à le battre en cas de mauvaises notes.

Un joueur tant talentueux que caractériel

Il dispute son premier match avec l’Étoile Rouge à 17 ans seulement, en 1955, sous les ordres de Milovan Ciric. La saison suivante, c’est l’explosion. Il devient titulaire indiscutable et marque 7 buts. Sans compter les humiliations données aux défenses adverses. La saison qui suit, malgré la pression qui pesait sur ses épaules, il réalise une grosse saison et aide l’Étoile Rouge à remporter le titre.

Il a également joué un rôle important dans la campagne en Coupe des Clubs Champions, qui s’est achevée en demi-finale face à la Fiorentina. L’entraîneur Ciric quitte l’Étoile Rouge en fin de saison pour la Lazio. Il est remplacé par Misa Pavić, qui a connu Sekularac quand ce dernier jouait avec les jeunes du club. Cependant, l’équipe vécut un exercice difficile. « Seki » reçut de nombreux coups, car les défenses adverses ont cerné son jeu.

Il lutta contre des blessures qui l’ont fait rater près de la moitié de la saison, alors que l’Étoile Rouge était sortie de la course au titre. Bien que la saison suivante (1958-1959) il connut des nouvelles blessures, Sekularac, devenu star du championnat, réussit à mener son équipe au doublé coupe-championnat. Après ce succès, l’industriel italien Gianni Agnelli tenta par tous les moyens de le faire venir à la Juventus. Le transfert a été annulé par le ministre de l’Intérieur yougoslave de l’époque, Aleksandar Rankovic. Ce dernier déclara que « Seki » était indispensable dans le pays pour « divertir la classe ouvrière ». 

Au-delà de son talent, Sekularac était connu pour son sacré caractère. Il fut l’auteur d’un très vilain geste en 1962, lorsqu’il frappa l’arbitre Pavle Tumbas au milieu d’un match de championnat. Ce dernier l’avait expulsé pour contestation. Suite à cela, le milieu offensif purgea une suspension de 18 mois. « Seki » était critiqué pour son manque de respect envers les arbitres, mais aussi parfois pour son individualisme sur le terrain. Il finit sa carrière de joueur à l’Étoile Rouge en 1966. Il y disputa 375 matchs et marqua 119 buts.

Cette année 1966, « Seki » quitte la Yougoslavie pour découvrir de nouveaux championnats. Il commence son périple en Allemagne, au Karlsruher SC, avec qui il disputa 17 matchs et marqua deux buts. L’année suivante, il part aux Etats-Unis chez les Saint Louis Stars, où il ne dispute que huit petits matchs pour 1 but. En 1968, il est de retour en Yougoslavie, avec l’OFK Belgrade. Puis commence en 1969 une aventure en Colombie. Son premier club est Santa Fe. Puis viennent l’Atletico Bucaramanga, Millonarios, et pour finir l’America de Cali en 1974. Son dernier club en tant que joueur fut le Paris FC en 1975. Il est alors âgé de 37 ans et ne dispute que neuf matchs avec le club de la capitale. En sélection, il dispute son premier match en 1958, à seulement 18 ans. Il faisait partie de l’équipe qui a remporté une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Melbourne cette même année. « Seki » dispute l’Euro 1960, où la Yougoslavie perd en finale contre l’URSS.

Il a également participé aux Coupes du Monde 1958 et 1962. Cette dernière marque l’apogée de sa carrière, où il est la tête d’affiche de la « Plavi ». Tout au long de cette compétition, Sekularac est placé au milieu de terrain, et est remarquable. Ses excellentes performances ont eu un grand rôle dans le bon parcours de la Yougoslavie, qui est éliminée en demi-finale. Il a, au total disputé, 41 matchs et marqué six buts avec la Yougoslavie.

Un entraîneur « globe-trotter »

Il entame une carrière d’entraîneur dès 1975 avec le club canadien des « Serbian White Eagles », en tant qu’entraîneur-joueur. Après un passage sur le banc de l’OFK Mladenovac, il devient sélectionneur du Guatemala entre 1984 et 1985. Il revient à l’Étoile Rouge à partir de la seconde partie de la saison 1988-1989. Il reste en poste jusqu’à la saison suivante, où il réalise un doublé coupe-championnat. Il pose ainsi les bases de l’équipe qui remporte la Ligue des Champions contre l’OM en 1991. La raison de son départ des « crveno-beli » réside dans son fort caractère. Lors d’un match contre Cologne en coupe UEFA, il essaye, fou de rage, de s’expliquer avec l’arbitre. Résultat des courses : il se fait suspendre pour neuf matchs. S’en suit ensuite une carrière d’entraineur dans une multitude de clubs et de pays à travers le monde.

Le 5 janvier 2019, Sekularac décède à Belgrade à l’âge de 81 ans. Son père ne voulait pas qu’il touche au ballon rond. Il a finalement passé toute sa vie dans le football. Maître du dribble, surnommé « le brésilien », « le romantique » ou encore « l’artiste », il était redouté des défenses. Le roi Pelé en personne lui demanda s’il était Brésilien. Sa popularité en Yougoslavie était immense, à tel point qu’il pouvait mettre plus de 4 heures pour aller de chez lui au stade. Un film faisant de lui le personnage principal, « Seki snima, pazi se » sortit en 1962. Il intéressant de noter que Dragoslav Sekularac était très apprécié par les dirigeants, les supporters et joueurs du Partizan. Mais malgré sa popularité, il n’était pas aussi riche que certaines stars de l’époque, principalement à cause des conditions strictes qu’imposait le régime Yougoslave à ses footballeurs. Il restera à jamais considéré comme la première super-star sportive Yougoslave.


Pour finir la présentation de ce joueur légendaire, nous vous proposons de lire des passages d’une interview réalisée par l’Étoile Rouge de Belgrade. Šeki raconte quelques souvenirs de sa période dans le club, et parle aussi de sa popularité. Elle est disponible en intégralité sur le site du club :


Bien qu’en mauvaise santé, Dragoslav Šekularac nous a révélé certains de ses secrets et a tenté d’expliquer son caractère unique, avec un sourire au visage et de la bonne humeur :


« Je dois beaucoup à l’Étoile Rouge, qui a eu une influence sur moi. Au club, j’ai appris que je devais me raser tous les jours, que j’avais besoin d’être propre et de sentir bon, j’avais appris à me comporter avec les hommes et avec les femmes.Je me souviens d’un match : j’ai le ballon et je crie à Branko Stanković pour lui signaler que je vais lui faire une passe, je jette le ballon de l’autre côté et je fais une erreur. À la mi-temps, il s’est approché de moi, il m’a giflé très fort et j’ai pleuré. Lors de l’entrainement suivant, l’entraîneur nous met en face à face et il (Branko Stankovic) ne touchera même pas le ballon. Plus tard, lorsqu’il est devenu entraîneur, il m’a toujours conseillé de jouer comme je l’ai fait contre lui ce jour-là.L’Étoile Rouge a fait une tournée en Amérique pour gagner de l’argent. Nous, la deuxième d’équipe, sommes restés à Belgrade. J’ai profité de cette opportunité autant que je pouvais pour m’exposer, et rapidement toute la ville de Belgrade parlait d’un nouvel enfant qui jouait très bien au football. Ainsi, lors du premier match, 2000 personnes sont venues me voir, dans le second 5000, et le troisième 10000 personnes.À Belgrade, il y a cinq tavernes importantes, et si vous n’y allez pas, vous n’êtes personne. Il y a cinq filles, et si vous ne sortez pas avec elles, vous n’êtes personne. Je ne pensais pas à l’argent après un match, je ne pensais qu’à m’arrêter à la taverne de Madera pour que tout le monde me voit là-bas. Parfois, quand je rentrais chez moi du stade, je m’habillais et j’allais vers le centre-ville pendant un court instant, juste pour être vu. […]J’ai déjà dit que mon père n’était pas intéressé par le football et qu’il pensait que je perdais mon temps à en faire. Mais plus tard, quand je jouais avec la sélection Yougoslave, il a été invité à un match par des amis, et il a accepté de venir. Il ne comprenait rien au football, ils ont essayé de lui expliquer ce que sortie du but signifiait, ce qu’était un corner. Mais, après la seconde fois où il m’a regardé jouer, il est rentré à la maison et m’a demandé : « Dis-moi, pourquoi tu dribbles tellement ? » […] »Dire quelque chose à propos de son amour pour l’Étoile Rouge serait une perte de temps, car même s’il a déjà joué ailleurs, il revenait toujours au « Marakana ». Il était envié par beaucoup de personnes qui ne le connaissaient pas, aimé par tous ceux qui avaient l’honneur d’être ses amis, il utilisait des billets de banque pour nettoyer ses chaussures, il disait la vérité à tout le monde … Il le fait toujours, mais d’une manière différente : »Je prétends être plus populaire que tous les autres footballeurs nationaux. Faisons une promenade à Terazije (dans le centre de Belgrade), seulement moi et le joueur local le plus populaire, et voyons qui sera reconnu par le plus de gens. Je n’ai jamais été esclave de quoi que ce soit dans ma vie. Si j’avais eu quelqu’un pour contrôler mes caprices, je lui aurais donné 80% de mes revenus et je serais toujours multimillionnaire. Un de mes amis m’a bien décrit : « Tes jambes étaient trop intelligentes pour une tête aussi stupide. » Et en ce qui concerne l’histoire de moi qui frotte mes chaussures avec des billets de banque devant l’hôtel « Metropol », je voulais montrer à tout le monde que j’avais beaucoup d’argent, mais maintenant je reconnais avoir remis cet argent dans ma poche. C’était juste une blague, un tour, je n’ai jamais aimé m’ennuyer, j’ai toujours fait des blagues variées à tout le monde. Je suis encore jeune d’esprit, je traîne avec des jeunes, mon plus vieil ami a trente-cinq ans. Je suis malade, j’ai mal au dos, aux jambes, j’ai du mal à bouger, j’ai le cœur faible et je n’ai donc pas besoin de passer du temps avec des gens avec qui je ne ferais qu’écouter leurs problèmes. Je ne laisse même pas mes petits-enfants m’appeler grand-père, ils m’appellent « lion » ».

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