Connus et reconnus au devant de la scène ultras, les Grobari déchaînent les passions depuis bientôt 50ans. Qui sont ces ultras ? Pour qui le football est bien souvent un sujet mineur. 

La première partie des années 60 est une réussite pour le Partizan. Le club remporte 4 championnats entre 1961 et 1965, et réalise une belle épopée européenne lors de la saison 1965-1966 en arrivant en finale de la Ligue des Champions (perdue 1-2 face au Real Madrid).

Ces performances vont attirer de plus en plus de monde dans les travées du JNA Stadion, même si des groupes de supporters non officiels existaient déjà.

Aux origines

Profitant de cet élan, un groupe de fans forme en 1970 la première organisation officielle avec le groupe des « Grobari » (en VF : les fossoyeurs). Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette dénomination est issue… des « Delije » (ndlr : ultras de l’Étoile Rouge) !

En effet, ces derniers ont fait le parallèle entre les couleurs du maillot Partizan et l’uniforme porté par les employés des pompes funèbres. Et si vous voulez savoir, pour l’anecdote, pourquoi le Partizan joue en noir et blanc, Stejpan Bobek, ancienne gloire du club en donne l’explication : « On était en tournée en Amérique du Sud et on jouait un match amical contre la Juventus en 1957. 

On a reçu en cadeau deux jeux de leurs maillots tellement ils étaient enthousiasmés par notre match. Tous les joueurs étaient ravis par la qualité et la couleur de ces nouveaux uniformes, et ils m’ont demandé de les porter tout le temps. » 

Rapidement, les Grobari acquièrent une réputation de groupe fidèle envers leur club. Si l’on ouvre les livres d’histoire, le match fondateur de cette réputation a eu lieu le 9 mai 1976. Ce jour-là, le Partizan reçoit le Hajduk Split et sera titré champion s’il remporte ce match. Mais rien ne va se passer comme prévu et les crno-beli vont subir une humiliation : une défaite 1-6, la plus lourde de l’histoire du club à l’époque !

Malgré cette prestation décevante, les Grobari n’ont cessé d’encourager leurs joueurs et de chanter leur amour pour le Partizan. Depuis, un lien fort unit les ultras à leurs joueurs, lien qui perdure aujourd’hui malgré les conflits existant avec la direction du club depuis une dizaine d’années. En l’espace de peu de temps, les Grobari ont créé l’un des groupes ultras majeurs du football yougoslave, puis serbe, multipliant les déplacements, les chants, et les tifos. 

Leurs démonstrations de forces les plus impressionnantes sont, bien évidemment, lors du Večiti Derbi. Une énergie phénoménale est déployée par les ultras pour faire de leur stade un volcan capable d’exploser lorsque leur équipe marque. 


Une implication qui dépasse le cadre du football 

Les Grobari ne sont pas seulement impliqués dans le club de football. Le Partizan étant un club omnisport, ils assistent également aux rencontres de basket, le sport le plus populaire en Serbie. L’équipe jongle entre la Štark Arena (ancienne Beogradska Arena), et l’historique Hala Pionir qui a été récemment rénovée. Ces salles sont animées de chants durant l’intégralité de la rencontre et sontréputées pour être les salles les plus chaudes d’Europe. Il n’est pas rare d’y retrouver des personnes connues du grand public, comme le tennisman Viktor Troicki et l’ancien président Serbe Boris Tadić.

Dans la capitale serbe, le collectif Grobarski Trash Romantizam ne manque pas d’imagination pour donner une image romantique au Partizan et au football en général. En effet, les murs de Belgrade sont devenus un terrain de jeux pour le collectif, qui a créé une trentaine de fresques dans la capitale serbe et autour du stade du Partizan. Le « GTR » est composé de professionnels du graffiti qui nemanquent pas de créativité. Toutes leurs créations ont une même structure : le portrait d’un personnage, supporter du Partizan ou parfois d’une personnalité publique assorti d’un court.

Aujourd’hui : une division en tribunes 

Désormais, le terme Grobari désigne, par extension et par simplification, l’ensemble des ultras du Partizan. Mais la réalité est plus complexe. Si l’on doit comparer avec les Delije, qui sont très unis et occupent l’intégralité de la tribune Sever (nord), les ultras du Partizan sont éparpillés un peu partout dans le JNA Stadion.

En cause, de nombreux conflits entre les différents membres et leader des groupes qui ont amené à la formation d’autres organisations. Pour comprendre cela, il faut revenir en 2011. Pour faire simple, il faut savoir que les Grobari sont constitués de nombreux sous-groupes, dont le plus influent est le groupe Alcatraz, dont les principaux leaders sont Djordje Prelić et Ljubomir Marković.

Des ultras sont entrés en conflits avec ce groupe, et parmi les raisons invoquées par des supporters sur les forums d’ultras, on peut lire que certains des membres du groupe Alcatraz possèdent des contacts avec la police serbe, ce qui leur a permis de contrôler les entrées au stade et de repousser les supporters considérés comme indésirables. Les supporters qui font scission se feront d’ailleurs appeler « Zabranjeni » (les interdits). 

Il leur est également reproché de délaisser l’aspect footballistique et l’animation en tribunes pour se consacrer à d’autres activités, notamment mafieuses. Djordje Prelić était en lien avec un trafic de drogue et était, avec Ljubomir Marković, l’un des responsables du lynchage subi par le toulousain Brice Taton le 17 septembre 2009, qui succombera de ces blessures une semaine plus tard. De ces tensions ont découlé une guerre entre ces groupes, à tel point que plusieurs membres en sont venus aux mains, avec des combats organisés par Prelić.

Deux membres des Zabranjeni, Djordje Stanojević et Ivan Perović, en sont décédés en octobre 2011. Pour leurs agissements, Prelić et Marković seront rattrapés par la justice. Le premier sera condamné à 12 ans de prison en octobre 2017 (puis 10 ans en appel) après avoir fui en Espagne. Le second sera quant à lui condamné à 13 ans de prison, mais a bénéficié d’une liberté conditionnelle en 2017. Il sera tué en novembre 2019 dans un règlement de compte. 

Aujourd’hui encore, les tensions perdurent entre ces groupes. Si les Zabranjeni sont revenus un temps dans la tribune des Grobari, le divorce semble bel et bien consommé aujourd’hui. De nouvelles violences ont éclaté au fil des saisons, soit en marges de rencontres et de Derbi, soit carrément pendant les matchs. Par exemple, en décembre 2017 lors d’un Derbi, Zabranjeni et Grobari en sont venus aux mains pour le contrôle de la tribune sud du JNA Stadion. 

Entre temps, un nouveau groupe est apparu : les « Partizanovci », que l’on peut traduire par « supporters du Partizan ». Le groupe a été créé par Milos Radisavjević et Rade Petrović, deux anciens membres d’Alcatraz proches de Ljubomir Marković, et ont donné de la voix pour la première fois en janvier 2018 lors d’une rencontre du basket du Partizan. Les Partizanovci ont aujourd’hui le contrôle de la tribune est, et le sud est contrôlé par la « Južna Tribina ». 

Coup de théatre en décembre dernier, lors de la rencontre de ligue Europa entre le Partizan et Astana…les Partizanovci annoncent leur retrait. « Ce stade n’est plus un endroit pour les supporters du Partizan » pouvait-on y lire. En cause, l’attaque d’un des leaders des Partizanovci par des membres de la « Južna Tribina ». Un évènement qui n’est pas prêt de calmer la situation. 

By Bojan Stanojevic

Fou du Partizan, dans tous les sens du terme. Redevenu amoureux des aigles blancs grâce à Aleksandar Mitrović.

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